Le château fort de Beersel
Le château -fort de Beersel est, dans notre
pays, un des rares spécimens de l’architecture militaire du Moyen Age. De
nos jours encore, il apparaît comme une puissante forteresse entourée d’eau
et défendue par de larges murailles d’enceinte et trois tours chaperonnées.
Construit vers1300. à la même époque que les châteaux de Zitter et de
Gaasbeek, il constituait une défense avancée de Bruxelles.
Pillée et endommagée par les troupes de Louis de Male, la forteresse fut
réparée en 1 357.
Assailli et pris par les Bruxellois en I 489, le château fut en partie
reconstruit.
Au début du XVIIe siècle, les toitures pointues vinrent remplacer les plate
formes et des pignons furent construits comme deux tours, à l’intérieur de
la cour.
L'aspect actuel est celui qu'il a pris à cette dernière époque et la
restauration entreprise par M. Pelgrims de Bigard n'a pas modifié cet
aspect.
Cette forteresse de forme elliptique, entourée d'eau, offrait, grâce à son
enceinte de murs élevés et épais et à ses tours, une défense puissante
contre les assaillants. Le système le plus efficace de château était son
implantation au milieu de l’eau et surtout son entourage de marécages vers
l'est, le sud et l’ouest. Son côté faible était vers le nord, car dans cette
direction le château était proche d’un plateau. Donc, c’était toujours de ce
côté que venaient les agresseurs.
Après le siège et la destruction dé 1489, le château fut restauré et remis
en état aux frais des Bruxellois quand la pacification intervint.
C'est ainsi qu'on peut distinguer, surtout de l’extérieur deux périodes
différentes :
Ë celle du XIIIe siècle, dont on aperçoit encore les archères, presque
toutes bouchées avec des encadrements de grès roux.
Ë le période de la fin du XV e siècle, où les archères ont été aménagées
pour recevoir des couleuvrines et dont les encadrements sont en grés blanc.
Il en est de même pour les créneaux et les merlons.
Trois tours puissantes encadraient le château. Il apparaît qu'une quatrième,
plus petite, se dressait du côté nord. Il semble que les tours étaient à
l’origine couvertes d'une plate-forme entourée de créneaux. Ce n'est qu'au
début du XVII e siècle, lors d'une restauration, que les tours le
surmontèrent d'une toiture pointue avec des ardoises.
C'est à cette époque aussi que l'un construisit, à l'intérieur de la cour
contre la première tour et la troisième, de hauts pignons, dont l'un porte
la date de 1617.
Les moyens de défense du château sont classiques des douves profondes
entourant le château, le pont-levis. les créneaux et merlons au sommet des
tours. Des archères, à intervalles plus ou moins réguliers, pratiquées dans
les murs d'enceinte et les tours, une meurtrière près de l'entrée à utiliser
dans le cas où l'assaillant parvenait à enfoncer la porte d'entrée. Les
tours rondes en saillie permettaient le tir flanquant.
Si Beersel possède trois tours rondes imposantes. on n'y trouve pas le
donjon classique, ultime lieu de défense. Chaque tour pouvait cependant être
défendue par les archères ouvertes vers la cour, menaçant l'assaillant
parvenu à pénétrer dans l'enceinte du château. On voit que les 2e et 3e
tours sont flanquées d'échauguettes permettant le tir vers le bas.
Comme moyen défensif ou de retraite, on remarquera les deux ouvertures
pratiquées dans le chemin de ronde, entre la 2e et la 3e tour. C'étaient des
issues d'où l'on pouvait s'échapper de nuit en cas de danger ultime et aussi
envoyer des estafettes vers l'extérieur. Les hommes se laissaient glisser
dans l'eau et pouvaient arriver à la berge à la nage. Ces ouvertures sont
pratiquées du côté le plus marécageux, où les assaillants ne s'engageaient
guère.
On remarquera que, vers l'extérieur, les fenêtres sont étroites et basses,
la lumière levait venir de l'intérieur de la cour. C'est là un dispositif
classique. les quelques fenêtres plus larges pratiquées vers l'extérieur ont
été percées à une date tardive.
Il est probable que la 3e tour, plus élevée, a toujours été une tour de
guet. Au XVII e siècle, on a voulu lui conserver ce rôle et c'est pourquoi
on voit la loge du guetteur, au haut du toit. De cette guérite, le guetteur
a une vue sur les quatre points de l'horizon.
La première porte à droite donne accès dans un corps de garde. De là. on
pouvait caler la porte d'entrée au moyen d'un madrier fonctionnant dans une
ouverture de la muraille.
Dans la voûte du couloir d'entrée, on aperçoit un grand mâchicoulis, qui fut
maçonné en 1491, après la prise et le sac du château, par les Bruxellois, en
l489.De ce mâchicoulis, on faisait pleuvoir l'huile bouillante, les pierres,
les morceaux de fer, etc... si l'ennemi parvenait à forcer l'accès du
château.
La porte à gauche du couloir commande une petite salle réservée au gardien.
La deuxième porte à droite donne accès dans la première tour, par un
escalier en colimaçon.
Au premier étage se trouve la salle de la herse, c'est-à-dire celle d'où
l'on faisait tomber, en cas de danger, la herse de bois devant la porte
d'entrée. On y voit une grande pierre avec des tenons qui fixaient le treuil
de la herse au sol; au-dessus subsiste une poutre supportant la poulie de la
herse.
La salle est garnie d'une cheminée du XV e siècle, avec taque et chenets.
C'est dans cette salle qu'en 1877 Victor Hugo, au cours d'une visite aux
ruines du château, a composé les vers suivants qui, comme ceux qu'il écrivit
sur les ruines de l'Abbaye de Villas, ne comptent certes pas parmi ses
meilleurs :
Il gît là dans le val, le manoir solitaire;
Le moindre bruir s'est ru sous ses mornes arceaux
Et chaque heure du jour voit tomber une pierre de ses sombres créneaux.
Le corbeau s'est logé dans ses antiques salles,
La chouette y redit sa plainte tous les soirs
Et le brin d'herbe entre les froides dalles de ses vastes couloirs.
Le 2e étage était la chambre à coucher des châtelains, avec la place de
l'alcôve.
La salle se présente comme elle était au Moyen âge avec ses murs de briques
nus; ce n'est que postérieurement qu'ils furent garnis de tapisserie et plus
tard encore ornés de crépi et de peinture.
Le pavement a été reconstitué fidèlement d'après certains carreaux de grès
rouges qui subsistaient. Les fenêtres n'avaient pas de carreaux de vitres;
au XIII e siècle, elles étaient garnies tIc volets et de papier huilé.
Celles donnant sur l'extérieur ont été percées à la fin du XV e siècle.
La salle du 3e étage était le dépôt d'armes; il en existait un semblable à
l'étage supérieur de chacune des tours. Plus haut encore s'ouvre le chemin
de ronde avec ses défenses du XIII e siècle garni de mâchicoulis par où on
faisait tomber verticalement des boulets sur les assaillants, et de créneaux
disposés pour le tir à l'arbalète.
En redescendant jusqu'au 3e étage on suit le chemin de ronde ou courtine à
droite et l'on arrive à la 2e tour qui servait de logement aux soldats et
dépôt d'armes.
La 2e tour est semblable à la première; elle a également trois étages et les
mêmes défenses; en outre, elle est munie de deux échauguettes, percées de
mâchicoulis.
En continuant par le chemin de ronde, on aperçoit sur ce parcours entre la
2e et la 3e tour, deux ouvertures béantes dont l'utilité a été définie
ci-dessus.
On arrive ensuite à la 3e tour. Il faut y remarquer particulièrement, au 1er
étage, la salle des chevaliers, couverte d'une voûte gothique du XV e
siècle, avec deux clefs de voûte aux armes d'Henri III de Witthem et de son
fils Philippe. C’est ce dernier qui a lait construire cette voûte après le
siège de 1489.
Cette tour servait d'habitation au seigneur ou à son lieutenant. Au-dessus,
même disposition des défenses que la 1er et la 2e tour.
Par une petite porte à gauche de la salle des chevaliers, on suit le chemin
de ronde, non restauré, et l'on descend dans la cour par l'escalier situé
peu avant l'entrée de la 1er tour, à côté du couloir d'entrée.
A gauche de la cour se trouvent les cachots. Le seuil moyen d'y accéder est
une ouverture pratiquée dans le sol, que l’on a entourée d’un parquet de
pierre, pour éviter que les visiteurs n'y tombent.
On peut y descendre par une échelle placée à cet effet.
Cette prison se compose de deux salles voûtées, fort humides, étant donné
leur disposition sous le sol de la cour et à proximité des fosses: dans
l'une on remarque des latrines à l'usage des prisonniers, dans l'autre une
meurtrière très étroite donnant sur les douves qui permettait aux
prisonniers d’avoir un peu de lumière.
L'enceinte du côté droit de la cour (ouest) est restée telle quelle était au
XIII e siècle, avec ses mâchicoulis et ses archères. Toutefois deux fenêtres
ont été percées en 1491.
Le côté gauche (est) a été modifie après le siège de 1489; on remarque que
les meurtrières de ce côté sont cylindriques de façon à permettre le tir au
moyen de couleuvrines.
On aperçoit, sous ces meurtrières, les traces des archères primitives.
Dans le fond de la cour, on a fermé, en 1491, les meurtrières, mis aux
fenêtres des grillages et construit une maison d'habitation avec cuisine,
puits, et sous-sol dont une cave est encore voûtée. Des documents
authentiques manquent pour reconstruire cette habitation. Une clef de voûte
a cependant été retrouvée: elle porte le monogramme de P. W. (Philippe de
Witthem).
Dans le coin de la cour, à droite, s’élevait une chapelle, consacrée en 1508
et dédiée à la Vierge.
La croix en fer qui la surmontait a été placée sur l'église de Droogenbosch.
Au rez-de-chaussée de la 3e tour se trouve la salle de Justice. On a réuni
dans cette salle des reconstitutions d'instruments de torture : au centre se
dresse un chevalet garni des chaînes qui servaient à attacher les membres du
patient et des pièces de bois sur lesquelles on lui brisait les membres.
Sur le côté dans le mur se trouve un étroit réduit qui servait de cachot et
dans lequel le condamné ne pouvait se tenir qu’accroupi. La salle est ornée
deux coffres du Moyen âge et d'une cheminée d'époque, avec taque.
Les murs de cette salle, fort épais, sont percés de trois grandes archères
qui ont été modifiées en 1491, et dont l'ouverture centrale a été arrondie
pour laisser passer l'embouchure des couleuvrines qui pivotaient au moyen
d'un axe sur une barre de fer fixée dans chaque meurtrière.
Le visiteur aura constaté que le château est abondamment pourvu de
mâchicoulis; ces appareils permettaient de se passer de hourds, sorte
d'avancées en charpente, nécessaires pour se défendre contre les assaillants
qui voulaient dresser des échelles contre les tours et tenter l'escalade.
Toutes les fenêtres vers l'extérieur ont été percées seulement a la fin du
XV e siècle, remplaçant des archères: elles sont de petites dimensions et
garnies de volets en chêne; c'est du côté de la cour que des fenêtres plus
grandes éclairaient les salles.
Le château de Beersel forme un ensemble rare et complet d'une forteresse
moyenâgeuse et constitue un insigne monument par sa valeur et ses souvenirs.
HISTORIQUE
Le premier seigneur connu de Beersel était Godefroid de Hellebeke. Sénéchal
du Brabant (les seigneurs de Beersel conserveront cette fonction). C'est lui
qui construisit le château vers 1300.